Je commence à avoir de sérieux doutes sur la durée réelle des fins de semaine.
Je pense qu’il y a quelque chose qu’on ne nous dit pas.
Parce que, franchement, le vendredi soir semble durer une éternité… mais dès que le samedi matin arrive, quelqu’un appuie sur le bouton « avance rapide ».
Et soudainement…
POUF!
On est dimanche soir.
Comment?
Aucune idée.
Je viens pourtant de m’asseoir.
Enfin… je crois.
Le vendredi soir : l’illusion du temps libre
Vendredi soir, je rentre à la maison avec une seule idée en tête :
« Cette fin de semaine, je vais enfin avancer dans mes affaires. »
Ah! Quelle naïveté.
Je regarde mentalement ma liste.
Laver les fenêtres.
Vider le jardin.
Ramasser les feuilles.
Préparer les plates-bandes pour l’hiver.
Ranger la remise.
Faire quatre brassées de lavage.
Plier le linge.
Nettoyer la salle de bain.
Passer l’aspirateur.
Changer les draps.
Faire l’épicerie.
Préparer quelques repas.
Ranger les vêtements d’été.
Trouver où j’ai mis les vêtements d’automne.
Et probablement sauver deux plantes qui ont décidé de mourir dramatiquement malgré tous mes bons soins.
Je regarde cette liste et je me dis :
« Facile. J’ai deux jours. »
Deux jours!
C’est pratiquement des vacances!
Samedi matin : l’optimisme
Samedi matin, je me lève.
Je bois mon café.
Je regarde dehors.
Le jardin me regarde.
Nous nous observons quelques secondes.
Il sait.
Je sais.
Nous savons tous les deux que personne ne va gagner aujourd’hui.
Je commence par une petite tâche.
« Je vais juste faire une brassée de lavage avant de commencer. »
Erreur.
Parce qu’une brassée de lavage n’est jamais une brassée de lavage.
C’est une chaîne de production.
Il faut mettre le lavage dans la machine.
Puis attendre.
Puis transférer dans la sécheuse.
Puis oublier qu’on l’a mis dans la sécheuse.
Puis s’en souvenir trois heures plus tard.
Puis plier.
Puis constater qu’il n’y a plus de place dans la commode.
Donc il faut ranger la commode.
Et en rangeant la commode, on retrouve un chandail qu’on cherchait depuis six mois.
Et là, on essaie le chandail.
Et évidemment…
il ne fait plus.
Voilà.
Le lavage vient de devenir une crise existentielle.
Les fenêtres : mon adversaire personnel
Vers 10 h 30, je me dis :
« Bon. Les fenêtres. »
J’en lave une.
Une seule.
Et je la regarde avec fierté.
Elle brille.
Elle est magnifique.
Je recule de trois pas.
Et là…
Je vois une trace.
Une petite.
Minuscule.
Presque invisible.
Mais maintenant que je l’ai vue…
JE NE VOIS PLUS QUE ÇA.
Je relave la fenêtre.
Puis je réalise qu’il y a une toile d’araignée dans le coin.
Je prends l’aspirateur.
Je passe l’aspirateur.
Puis je vois la poussière sur la moulure.
Je nettoie la moulure.
Puis je remarque que le cadre de fenêtre est sale.
Je nettoie le cadre.
Et soudainement, je suis à genoux devant une fenêtre depuis 47 minutes, avec une guenille dans une main et une expression de désespoir dans les yeux.
Et j’ai…
une fenêtre de faite.
Sur combien?
Je préfère ne pas compter.
Le jardin : le projet qui devait prendre 30 minutes
Ensuite, le jardin.
« Je vais juste enlever quelques affaires. »
Quelques affaires?
C’est comme dire :
« Je vais juste entrer chez Costco pour deux choses. »
Je commence à enlever les plants morts.
Puis les feuilles.
Puis les pots.
Puis les vieilles tiges.
Puis je trouve un objet que je ne reconnais pas.
« C’était quoi, ça? »
Je réfléchis.
Aucune idée.
Je le garde.
Parce que, manifestement, j’en aurai besoin un jour.
C’est probablement la règle fondamentale de tout propriétaire.
Si tu ne sais pas ce que c’est, surtout ne le jette pas.
Ça pourrait être extrêmement important dans sept ans.
Et soudain… il est 16 h 42
Je regarde l’heure.
16 h 42.
Pardon?
Comment sommes-nous passés de 10 h 30 à 16 h 42?
Je n’ai pourtant pas quitté le terrain.
Je n’ai pas fait de voyage.
Je n’ai pas dormi.
Je n’ai même pas regardé une série.
J’ai simplement déplacé trois pots, rempli deux sacs de feuilles et contemplé mon jardin en me demandant pourquoi j’avais autant de choses.
Et maintenant, il fait presque noir.
Dimanche : le grand rattrapage
Dimanche matin, je me réveille avec une nouvelle stratégie.
« Aujourd’hui, je ne me laisse pas distraire. »
Je prends mon café.
Je ne regarde pas mon téléphone.
Je ne m’assois pas sur le divan.
Je commence immédiatement.
Enfin…
Après mon deuxième café.
Et après avoir nourri les animaux.
Et après avoir regardé rapidement la météo.
Et après avoir répondu à deux messages.
Et après avoir vérifié quelque chose sur Facebook.
Et là, il est midi.
Mais je reste positive.
Il me reste encore tout l’après-midi!
Je fais une brassée.
Je range deux choses.
Je remplis un sac.
Je vide un tiroir.
Je déplace une chaise.
Je trouve une paire de bas.
Je ne sais pas où est l’autre.
Je cherche.
Je ne la trouve pas.
Je passe à autre chose.
Le mystérieux phénomène du dimanche soir
Et puis arrive 17 h.
Je regarde autour de moi.
Les fenêtres ne sont pas toutes lavées.
Le jardin n’est pas complètement préparé.
Le lavage n’est pas fini.
La maison n’est pas parfaitement rangée.
La remise me juge.
Et moi…
Je suis fatiguée.
Alors je fais ce que toute personne raisonnable ferait.
Je me fais un café.
Oui.
À 17 h.
Parce que rendu là, le sommeil de demain est devenu un problème pour la Madame de demain.
La Madame d’aujourd’hui a des choses à accomplir.
Et puis… dimanche soir
Dimanche soir arrive beaucoup trop vite.
Je prends ma douche.
Je prépare mes vêtements pour le lendemain.
Je regarde mon agenda.
Et là, je réalise que je n’ai pas fait la moitié de ce que j’avais prévu.
Mais curieusement…
J’ai quand même l’impression d’avoir travaillé tout le week-end.
Parce que j’ai travaillé.
J’ai simplement travaillé sur des petites choses qui se reproduisent plus vite qu’on ne peut les éliminer.
C’est ça, l’âge adulte.
Tu nettoies.
Ça se resalit.
Tu laves.
Ça se resalit.
Tu ranges.
Quelqu’un dérange.
Tu plies du linge.
Quelqu’un remet du linge sale dans le panier.
Tu nettoies la cuisine.
Quelqu’un mange.
Et voilà.
Retour à la case départ.
J’ai finalement compris le problème
Je pense que les fins de semaine ne sont pas trop courtes.
C’est notre liste de tâches qui est beaucoup trop ambitieuse.
Parce que dans ma tête, une fin de semaine ressemble à ça :
☑ Laver toutes les fenêtres
☑ Préparer le jardin pour l’hiver
☑ Faire tout le lavage
☑ Nettoyer la maison
☑ Ranger la remise
☑ Faire l’épicerie
☑ Préparer des repas
☑ Organiser les vêtements
☑ Faire quelques courses
☑ Réparer trois choses
☑ Désherber
☑ Ramasser les feuilles
☑ Être productive
☑ Faire de l’exercice
☑ Prendre du temps pour moi
☑ Me reposer
La réalité?
☑ J’ai bu du café.
☑ J’ai déplacé des affaires.
☑ J’ai fait du lavage.
☑ J’ai perdu une paire de bas.
☑ J’ai nettoyé une fenêtre.
☑ J’ai rempli un sac de feuilles.
☑ J’ai regardé mon jardin avec culpabilité.
☑ J’ai cherché quelque chose que j’avais moi-même rangé.
☑ J’ai dit « je vais faire ça demain » environ 14 fois.
☑ J’ai survécu.
Et finalement…
C’est peut-être ça, avancer.
Pas nécessairement terminer.
Mais faire un petit quelque chose.
Puis un autre.
Et accepter que la maison ne sera jamais complètement propre, que le jardin ne sera jamais complètement rangé et que le panier de lavage possède probablement une capacité surnaturelle à se remplir tout seul.
Après tout…
Si j’arrive au lundi matin avec une maison à peu près fonctionnelle, du linge propre et suffisamment de café pour affronter la semaine, je considère que ma fin de semaine a été un succès.
Les fenêtres?
Elles peuvent attendre.
Le jardin?
Il ne bougera pas.
Le lavage?
Bon… lui, par contre, il va probablement m’attendre.
Il m’attend toujours.
La Délicatement Fatiguée
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