Le ministère ne m’a pas laissée le temps d’écrire

Publié le 26 mai 2026 à 13 h 00

Il y a quelque chose de profondément touchant dans le fait de recevoir des courriels de lecteurs inquiets… et légèrement agressifs passifs.

« Hey, est-ce que tu vas bien? »
« As-tu abandonné ton blog? »
« Est-ce la fin? »
« Dois-je commencer mon deuil littéraire? »

Calmons-nous, mes petits lecteurs anxieux. Je ne suis pas disparue dans une forêt pour vivre d’eau de pluie et d’herbes médicinales. Je suis simplement dans cette magnifique période de l’année scolaire qu’on appelle : la survie administrative de fin d’année.

Oui.
Les bulletins et tout ce qui vient avec...

Ce moment où chaque enseignant responsable entre dans une dimension parallèle où le temps n’existe plus, où les cafés deviennent des groupes alimentaires et où ton ordinateur commence à chauffer comme un vieux toaster des années 90.

Je vous jure, ces dernières semaines, j’ai passé plus de temps avec mes commentaires de bulletins qu’avec ma propre famille. À ce point-ci, je crois sincèrement que Word connaît mieux ma personnalité que certains humains.

Et puis il y a la fameuse « paperasse ».
Ahhhh la paperasse scolaire… ce concept mystérieux où tu remplis 14 formulaires pour expliquer pourquoi tu n’as pas encore rempli les 12 autres formulaires.

Chaque année, je me dis :

« Cette fois, je vais être organisée. »

Chaque année, vers le mois de mai, je me retrouve à ouvrir 47 onglets sur mon ordinateur en murmurant :

- Où est passé le PEI de Félix?

- Pourquoi Aspen m’a déconnectée encore?

- Qui a inventé les mots “mise à jour finale obligatoire”?

Et comme si ce n’était pas assez, les élèves, eux, sentent la fin d’année approcher comme des animaux migrateurs. Leur énergie change complètement.

Les règles? Flou artistique.

La concentration? Disparue.

Le volume de voix? Niveau festival rock extérieur.

L’autre jour, je demandais calmement à un élève de ranger ses crayons. Il m’a regardée avec l’intensité d’un homme qui revient de la guerre et il m’a répondu :

« Madame… à ce stade-ci de l’année… est-ce que ça vaut vraiment la peine? »

Honnêtement?  J’ai respecté la réflexion philosophique.

Et parlons des objets perdus.
Pourquoi, en juin, les corridors d’école ressemblent-ils à une vente de garage post-apocalyptique?

Il y a toujours :

  • 14 bouteilles d’eau sans propriétaire
  • un soulier solitaire
  • un manteau d’hiver oublié alors qu’il fait 28 degrés
  • et un mystérieux contenant de yogourt qu’aucun adulte n’ose ouvrir par peur biologique.

Mais malgré le chaos… malgré les bulletins, les réunions, les horaires, les tableaux Excel qui me jugent silencieusement… je ne vous ai pas abandonnés.

Mon cerveau était simplement occupé à jongler avec 900 tâches, dont 842 étaient probablement inutiles mais « importantes pour le système ».

Et entre deux commentaires de bulletin du genre :
« Justin continue de développer ses habiletés d’autorégulation… »
je pensais à mes petits blogs.

Parce qu’écrire ici, c’est un peu ma façon de respirer entre deux tempêtes administratives. C’est ma pause mentale dans un monde où tout doit être approuvé, documenté, archivé, signé, numérisé et probablement faxé pour une raison inconnue.

Alors non, le blog n’est pas mort.
L’auteure non plus.

Elle est simplement assise quelque part, avec un café froid, trois listes de tâches, une migraine légère et un onglet Aspen ouvert depuis 6h42 ce matin.

La Déicatement Fatiguée

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