Les choses qu’on ne réalise qu’en vieillissant

Publié le 22 mai 2026 à 06 h 27

Vieillir.

Quand j’étais jeune, je pensais que vieillir, c’était devenir plate. Une espèce de créature qui met du papier d’aluminium sur ses restants, qui parle de taux hypothécaires avec passion et qui dit des phrases comme :

« On va attendre après 19 h, l’essence baisse souvent. »

Aujourd’hui… je suis cette personne-là.  Et le pire? Je me trouve raisonnable.

Il y a des choses qu’on ne réalise qu’en vieillissant. Des petites vérités de la vie qui arrivent sans prévenir, un peu comme les douleurs au dos quand tu éternues trop fort.

Par exemple, personne ne nous prépare au moment où on commence à faire des sons en s’assoyant.  Avant, je m’assoyais dans le silence et l’élégance.  Maintenant, chaque mouvement est accompagné d’un :

« Hop là… ayoye… bon… parfait… »

Mon corps est rendu une bande sonore.

Et parlons du sommeil.
Quand j’avais 20 ans, je pouvais dormir sur un plancher, dans un sous-sol, avec du métal qui joue, trois amis qui parlent fort et quelqu’un qui mange des Doritos à côté de ma tête.  Aujourd’hui, si mon oreiller est trop gonflé, ma nuque décide de me punir pendant quatre jours.

Vieillir, c’est aussi réaliser que les adultes ne savent pas plus ce qu’ils font que les jeunes.  Quand on est enfant, on pense que les adultes ont des réponses, des plans, des budgets Excel et une stabilité émotionnelle.
Puis un jour, tu deviens adulte et tu comprends que tout le monde improvise avec un café dans une main et de l’anxiété dans l’autre.

On réalise aussi qu’il y a des choses beaucoup plus précieuses que l’on croyait.
Le silence.
Une soirée tranquille.
Une pharmacie qui livre.
Un bon matelas.
Et quelqu’un qui dit : « Fais attention à toi. »

Quand on est jeune, on veut aller vite.  On veut grandir. Réussir. Prouver. Courir. Remplir chaque minute. Puis, en vieillissant, on découvre la beauté des choses lentes.  Prendre son café chaud.  Écouter une chanson qui nous ramène 25 ans en arrière.  Regarder quelqu’un qu’on aime rire sans regarder l’heure.

Vieillir, ça donne aussi une drôle de lucidité.  On comprend que plusieurs choses qui nous empêchaient de dormir n’avaient finalement aucune importance.
Le regard des autres.
Les standards impossibles.
Le besoin d’être parfait.

Avec les années, on perd des cheveux, un peu d’énergie, peut-être un genou fonctionnel…  Mais on gagne autre chose : la permission d’être soi-même.

Et ça, ça vaut cher.

Parce qu’au fond, vieillir, ce n’est pas devenir moins vivant.  C’est devenir plus conscient.

Conscient que le temps passe vite.  Que les soupers improvisés deviennent des souvenirs précieux.  Que les parents vieillissent aussi.  Que les enfants grandissent pendant qu’on cherche leurs souliers.  Que certaines chansons deviennent des machines à remonter le temps.  

Et surtout… on réalise que vieillir est un privilège.  Un privilège que plusieurs personnes n’ont pas eu.

Alors oui, je vais continuer à chercher mes lunettes alors qu’elles sont sur ma tête.  Je vais continuer à dire : 

« Je vais me coucher tôt ce soir »

comme si c’était un projet excitant.

Je vais continuer à faire des petits bruits quand je me lève du sofa.

Mais honnêtement?  Si vieillir veut dire avoir aimé, appris, survécu, ri trop fort, pleuré parfois, chanté dans l’auto, fait des erreurs et continué quand même…  Alors je prends chaque ride comme une preuve que j’ai eu la chance de vivre.  Et ça, c’est beau en maudit.

 

La Délicatement Fatiguée

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