Les émotions qu’on cache derrière l’humour

Publié le 11 mai 2026 à 06 h 22

Je suis la première à faire une blague quand ça devient trop sérieux.

Un silence un peu lourd?
Je lance une joke.

Une réunion tendue?
Je sors un commentaire sarcastique.

Un adolescent me répond avec l’énergie d’un raton laveur en crise un lundi matin?
Je réponds avec humour avant même que mon cerveau ait le temps de ressentir quoi que ce soit.

C’est devenu un réflexe. Une deuxième langue. Peut-être même un système de survie socialement acceptable.

Parce qu’il faut le dire: dans une école secondaire, si tu ne développes pas un minimum d’humour, tu finis probablement cachée dans le local de photocopies à manger des biscuits secs en fixant le vide.

L’humour, c’est ma façon de respirer entre deux urgences.

Et des urgences, il y en a.

Il y a les élèves qui arrivent avec leurs tempêtes invisibles.  Les conflits absurdes qui explosent pour un regard mal interprété.  Les “Madame, c’est pas moi” alors qu’ils sont littéralement pris sur caméra.  Les courriels. Les suivis. Les crises. Les rencontres. Les conversations difficiles où tu dois être à la fois psychologue, médiatrice, éducatrice et détective du FBI version scolaire.

Alors je ris.

Je fais rire.

Parce que parfois, si je m’arrête deux minutes… je vais ressentir toute la fatigue accumulée dans mes épaules.

Et honnêtement? Je ne suis pas certaine d’avoir le temps pour ça entre un élève en opposition, un chien qui mange encore quelque chose qu’il ne devrait pas manger, et un cheval qui décide que la clôture est davantage une suggestion qu’une limite.

Parce qu’en plus de l’école, il y a ma vie.

Ma vraie vie chaotique.

Un mari qui me regarde raconter mes journées comme si je revenais d’une mission militaire.  Quatre chiens qui vivent chaque événement quotidien comme une catastrophe nationale.  Deux chevaux émotionnellement plus stables que plusieurs humains que j’ai rencontrés cette semaine.

Chez nous, le calme dure environ sept minutes.  Et souvent, ces sept minutes-là, je les passe à chercher où quelqu’un a encore laissé ses bottes.

Alors oui, l’humour devient une armure.

Une belle armure brillante qui fait rire tout le monde.

Le problème, c’est qu’une armure, même drôle… ça reste lourd à porter.

Parce qu’il y a des jours où les blagues cachent autre chose.

La fatigue.
L’inquiétude.
Le trop-plein.
Le besoin d’être forte pour tout le monde.

Et je pense qu’on est plusieurs comme ça.

Des gens capables de faire rire une pièce entière pendant qu’à l’intérieur, ils essaient juste de ne pas s’effondrer sous le poids de tout ce qu’ils portent.

Le plus ironique dans tout ça?

Les gens qui font le plus rire sont souvent ceux qui observent tout. Qui ressentent tout. Qui absorbent tout.  On développe l’humour comme certains développent des réflexes de défense.  Tu apprends rapidement qu’une blague bien placée désamorce beaucoup plus vite qu’une vulnérabilité honnête.

Parce qu’être “la drôle”, c’est sécurisant.

Les gens aiment les personnes drôles.

Ils sont moins à l’aise avec les personnes épuisées.

Alors on transforme notre surcharge mentale en anecdotes comiques.

On raconte notre chaos comme un sketch humoristique:

“HAHAHA imagine, un élève a lancé un bâton de colle aujourd’hui… et moi, au lieu de réagir normalement, j’ai juste regardé le plafond en me demandant à quel moment exact ma vie est devenue une émission de téléréalité scolaire.”

Tout le monde rit.

Et nous aussi.

Parce qu’au fond… c’est plus simple que d’expliquer qu’on est fatigué d’être solide en permanence.

Mais avec le temps, j’apprends quelque chose d’important:

L’humour est magnifique.
L’humour sauve.
L’humour rassemble.

Mais il ne doit pas devenir l’endroit où on enterre toutes nos émotions.  Parce qu’on a aussi le droit d’être autre chose que “celle qui fait rire”.

On a le droit d’être dépassée.
Fragile.
Fatiguée.
Silencieuse.
Même quand on est capable de faire une excellente imitation d’un adolescent insulté parce qu’on lui a demandé… de ranger son téléphone.

Et honnêtement?  Je vais probablement continuer à faire des blagues dans les moments difficiles.  C’est profondément ancré dans ma personnalité.  Mais peut-être qu’au lieu de toujours rire avant de ressentir…
je vais essayer, parfois, de ressentir avant de transformer ça en punchline.

Même si, entre nous…avec quatre chiens, deux chevaux et une école secondaire entière, il y a de fortes chances que je recommence à faire des jokes d’ici demain matin.

La Délicatement Fatiguée

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