Il y a quelque chose de profondément étrange dans le fait d’avoir du talent. Pas le genre de talent spectaculaire qu’on voit à la télé avec des confettis et des juges qui pleurent. Non. Le vrai talent discret. Celui qu’on cache dans un dossier nommé “Textes divers FINAL version VRAIE final2”.
Moi, c’est écrire.
Ça fait longtemps que j’écris. Des chansons. Des textes. Des récits. J’ai même commencé un livre… que j’ai évidemment arrêté au chapitre 4 parce que mon cerveau a décidé que le texte n’était pas assez bon… probablement après une réunion interne entre mon anxiété, mon perfectionnisme et un petit démon dramatique qui vit clairement dans ma tête. Une de mes collègues m’a dit hier qu’on est notre pire critique… et malheureusement, je crois sincèrement qu'elle a raison.
Mais écrire, ça a toujours été là. Comme une vieille amie gênante qu’on aime profondément, mais qu’on présente rarement aux autres. Parce qu’étrangement… montrer ses forces, c’est inconfortable. On pense toujours que le plus difficile dans la vie, c’est d’avouer ses faiblesses. Pas vrai?
Dire :
« Je suis nul en maths »
ça passe.
Dire :
« J’ai confiance en mes textes »
Et là… soudainement, on se sent comme si on venait de grimper sur une table au restaurant pour annoncer qu’on faisait désormais du théâtre expérimental, nu, mal rasé… et avec une flûte à bec en solo pour accompagner le malaise.
Pourquoi ça nous met mal à l’aise?
Je pense qu’on a appris très jeune à minimiser ce qu’on fait bien. Faut être humble. Faut pas “se penser bon”. Faut pas avoir “la grosse tête”. Alors on devient experts dans l’art de se diminuer.
- “Ben voyons, c’est juste un petit texte.”
- “C’est rien.”
- “J’écris un peu pour le fun.”
Comme si le fait d’aimer quelque chose profondément devait automatiquement être accompagné d’excuses.
Récemment, j’ai osé montrer mes chansons. Mes textes aussi. Et honnêtement? J’étais convaincue que les seules personnes qui allaient aimer ça seraient :
- ma mère
- des amis trop polis pour dire la vérité
- probablement un robot sur internet nommé KRD2-IA-92.
Mais non. Des gens ont réellement aimé ça. Genre… sincèrement. Et ça m’a presque rendu plus inconfortable que si on m’avait dit que c’était mauvais. Parce qu’à partir du moment où quelqu’un voit une force chez toi… tu ne peux plus faire semblant qu’elle n’existe pas. C’est ça le vrai danger. Quand tu caches ton talent, tu gardes le contrôle. Tu peux dire :
“Oui mais je n’ai jamais vraiment essayé.”
La phrase préférée des humains terrifiés. Parce qu’essayer pour vrai, c’est risquer d’être vu. Et être vu, c’est vulnérable.
Un texte, une chanson, un projet… c’est un morceau de cerveau qu’on dépose dans les mains des autres en espérant qu’ils ne le regardent pas comme un vieux restant de spaghetti émotionnel.
Et pourtant… Il y a quelque chose de magnifique qui arrive quand on ose montrer ce qu’on crée. On découvre qu’on n’était peut-être pas “trop intense”, “trop sensible” ou “trop dans sa tête”. On découvre qu’on rejoint des gens. Des inconnus parfois. Et honnêtement, ça me fascine encore un peu qu’une phrase écrite seule dans une cuisine à 22h47 puisse faire dire à quelqu’un :
“On dirait que tu as écrit ça pour moi.”
Alors oui. J’écris encore. Des chansons. Des textes. Des réflexions beaucoup trop longues. Et ce blog aussi. Et tranquillement, j’essaie d’arrêter de m’excuser pour quelque chose qui me fait vibrer. Parce qu’au fond, peut-être que nos forces ne sont pas faites pour être cachées. Peut-être qu’elles sont justement là pour connecter avec les autres. Même si, parfois, ça donne encore un peu l’impression d’être nue émotionnellement dans un Walmart.
La Délicatement Fatiguée
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