Ce matin, mon mari part pour une semaine de travail. Une semaine complète. Six jours. Cent quanrante-quatre heures. Mais qui compte, honnêtement?
Moi.
Pas parce que je ne l’aime pas. Je l’aime profondément. Suffisamment pour lui préparer son café le matin, lui envoyer des messages quand il oublie ses lunchs et faire semblant d’écouter les détails d’un moteur, d’un outil ou d’un projet dont je ne comprends absolument rien. L’amour, c’est aussi ça : survivre à des conversations sur des vis et des batteries rechargeables.
Mais parfois… parfois, le silence devient une forme de luxe.
Enfin, silence. Façon de parler.
Parce qu’avec quatre chiens et des chevaux, la maison ressemble davantage à une garderie rurale qu’à un spa nordique. Les chiens vont continuer à japper parce qu’une feuille a osé bouger dans la cour. Les chevaux vont me regarder avec leur air dramatique de créatures sous-alimentées alors qu’ils viennent littéralement de manger. Et moi, au milieu de tout ça, je vais savourer ce drôle de calme : celui où personne ne demande où sont ses clés, son portefeuille ou “l’autre chandail noir”.
Je vais aller travailler à l’école, gérer des élèves émotifs, des imprévus, des conversations sérieuses et probablement trois urgences avant 10 h. Puis je vais revenir chez moi… et personne ne va me raconter sa journée avant même que j’aie retiré mes bottes. Personne ne va laisser des verres mystérieusement vides sur le comptoir comme s’ils apparaissaient par magie.
Juste moi. Mes chiens. Mes chevaux. Mon café réchauffé trois fois. Et cette paix étrange qui arrive quand la maison respire autrement.
C’est drôle comme l’amour adulte fonctionne. Quand on est jeune, on rêve de ne jamais se quitter. Puis, en vieillissant, on découvre que le vrai romantisme, c’est parfois de s’ennuyer tranquillement chacun de son côté. C’est aimer quelqu’un assez pour apprécier aussi son absence.
Et je sais déjà comment ça va finir.
Au troisième soir, je vais trouver la maison un peu trop calme. Au cinquième, je vais envoyer une photo stupide des chiens. Au septième, je vais être contente qu’il revienne… même si, dans deux mois, je vais probablement rêver encore à une autre semaine de “repos”.
La Délicatement Fatiguée
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