Quand la vie fait mal, il faut toujours un coupable

Publié le 9 mai 2026 à 16 h 35

Quand on est jeune, la vie est simple. Enfin… simple dans notre tête.
Si quelque chose va mal, c’est forcément la faute de quelqu’un.

Tu rates ton examen?
Le prof te déteste.

Ton chum te laisse?
C’est parce qu’il est cave. Ou parce que sa mère est toxique. Ou parce que Mercure rétrograde. On prend tout. On est créatif dans la recherche du coupable.

Tu te disputes avec tes parents?
Ils “comprennent rien à la vie”.
Phrase universelle de l’adolescence, prononcée avec le même regard dramatique qu’un personnage de télésérie québécoise qui fixe la pluie par la fenêtre d’autobus.

Quand on est jeune, on pense que la souffrance fonctionne comme un épisode de Scooby-Doo.
À la fin, on enlève le masque… et surprise! Voilà le responsable de tous nos malheurs.

Mais la vie adulte est beaucoup moins satisfaisante.

Parce qu’un jour, tu réalises que parfois… il n’y a pas de coupable.

Et ça, c’est franchement insultant.

Il n’y a pas de méchant officiel quand un amour finit doucement, comme un vieux barbecue qui refuse d’allumer malgré trois tentatives et un briquet presque vide.
Il n’y a pas de criminel quand tu te sens perdu sans raison un mardi soir en mangeant des céréales debout dans la cuisine à 22h14.

Des fois, la vie fait juste mal parce que… la vie existe.

Vieillir, c’est découvrir que plusieurs blessures ne viennent pas d’un monstre extérieur, mais du temps, des attentes, des déceptions, de la fatigue accumulée et de toutes ces petites affaires qu’on traîne sans s’en rendre compte.

Quand on est jeune, on voit la vie en lignes droites.
Bon. Méchant.
Vrai. Faux.
Amour. Rupture.
Succès. Échec.

Puis l’âge arrive avec ses zones grises.
Et les zones grises, mon Dieu que c’est fatigant.

Tu comprends que tes parents faisaient probablement de leur mieux avec leur propre chaos intérieur.
Que certains enseignants sévères étaient surtout épuisés.
Que certaines personnes t’ont blessé sans même réaliser l’impact de leurs paroles.

Et le pire?
Tu réalises aussi que toi-même, parfois, tu as été le méchant dans l’histoire de quelqu’un d’autre.

Ouf.

Ça, c’est une facture émotionnelle qui arrive sans avertissement.

Mais il y a quelque chose de beau là-dedans aussi.

Parce qu’en arrêtant de chercher un coupable à tout prix, on commence parfois à chercher autre chose : du sens.
De la compréhension.
Un peu de paix intérieure.
Ou au minimum… un café chaud et 20 minutes sans notifications.

Avec le temps, on apprend que guérir, ce n’est pas toujours gagner un procès imaginaire contre quelqu’un.
C’est parfois juste accepter que certaines douleurs n’auront jamais d’explication parfaite.

Et honnêtement?
C’est probablement la chose la plus adulte qu’on apprend.

Même si, entre nous, il y a encore des journées où j’accuse clairement la météo, mon horaire et la technologie de tous mes problèmes.
Faut quand même respecter certaines traditions.

La Délicatement Fatiguée

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