Il y a un moment étrange dans la vie adulte où courir dans un corridor devient suspect.
Quand t’as 8 ans, courir dans la maison en criant est considéré comme du développement moteur. Quand t’en as 47, c’est soit une urgence médicale… soit que t’as oublié ton cell dans la salle de bain.
Mon conjoint et moi, l’autre soir, on a joué à la tag dans la maison. Pas une version cute et Pinterest de la tag. Non. Une vraie tag sauvage. Avec des coins de table dangereux, des bas qui glissent sur le plancher flottant pis des “AHHH TU M’AS POUSSÉ!” lancés avec la même maturité qu’en 1994.
Tout a commencé innocemment. Une petite tape sur l’épaule. Un regard de défi. Puis soudainement, deux adultes responsables avec des comptes à payer se sont mis à courir autour de l’îlot de cuisine comme des ratons laveurs sous caféine.
On riait tellement qu’on manquait d’air. Le genre de rire laid. Le rire où tu ne fais plus de son, mais où tu pointes l’autre du doigt en pliant en deux.
À un moment donné, j’ai essayé de me cacher derrière le rideau. Comme si mon corps entier pouvait disparaître derrière 12 pouces de tissu gris IKEA.
Et là…
Nos ados nous regardaient. Silencieux. Figés. Avec le même regard qu’on donne habituellement aux gens qui parlent seuls dans leur voiture.
Je pouvais lire leurs pensées :
“C’est eux qui nous disent de nous calmer?”
“Ces gens-là conduisent des véhicules.”
“Mon Dieu… c'est ma mère et mon père!”
Ils nous observaient comme des zoologistes découvrant une espèce rare :
Le parent qui a oublié qu’il était supposé être digne.
Et honnêtement? Ça m’a frappée.
Les adultes ne savent plus jouer. On sait organiser. Planifier. Répondre à des courriels. Comparer des taux hypothécaires. Acheter des contenants transparents pour le garde-manger parce qu’on a vu une vidéo TikTok qui nous a convaincus que des pâtes dans un pot allaient régler notre anxiété.
Mais jouer? Jouer pour vrai? Sans raison? Sans performance? Sans photo à publier? Sans transformer ça en “activité familiale éducative”? On ne fait plus ça.
Comme si, en vieillissant, on avait tranquillement signé un contrat invisible disant :
« À partir de maintenant, vous devrez toujours avoir l’air fatigué et sérieux. »
Le pire, c’est qu’on regarde souvent les enfants avec nostalgie. “Profites-en pendant que t’es jeune…” qu’on leur dit. Mais peut-être qu’on devrait aussi se le dire entre adultes.
Parce qu’il y a quelque chose de profondément triste dans le fait de perdre complètement l’instinct du jeu. Ce réflexe idiot de courir juste parce que c’est drôle. De se cacher n’importe où. De rire au point d’avoir mal aux côtes.
Les enfants jouent naturellement. Les adultes, eux, doivent se redonner la permission.
Et peut-être que c’est ça, vieillir correctement :
Continuer à payer ses comptes…Mais être encore capable de courir dans un corridor pour éviter de se faire toucher. Même si ça finit avec une douleur au genou pendant trois jours.
La Délicatement Fatiguée
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