Il y a des gens qui entrent dans une pièce et qui prennent toute la place. Pis il y a moi. Moi, j’entre doucement… pis j’analyse la température émotionnelle comme une météorologue du malaise social.
« Est-ce qu’ici on rit fort? »
« Est-ce qu’on peut être bizarre? »
« Est-ce qu’on a le droit d’aimer les paillettes ET les discussions existentielles? »
Pendant longtemps, j’ai ajusté ma personnalité comme un vieux bouton de radio. Pas trop forte. Pas trop intense. Pas trop “nounoune heureuse”. Parce qu’on apprend vite, dans la vie, qu’il y a des personnalités qui passent mieux que d’autres.
Les gens aiment la version de toi qui ne dérange pas. La version polie. Organisée. Professionnelle. La version qui sait quand rire… mais pas trop longtemps. La version qui fait des réunions efficaces sans partir une imitation de Céline Dion au milieu d’un point sur le budget.
Moi, j’ai longtemps caché mon côté nounoune heureuse. Pas parce que j’avais honte d’être joyeuse. Mais parce qu’on m’a souvent fait sentir qu’une femme intelligente devait être sérieuse pour être crédible. Comme si aimer faire des voix de personnages, rire trop fort pour une niaiserie, danser dans une cuisine ou parler aux chiens avec un accent italien improvisé… enlevait automatiquement 40 points de compétence professionnelle.
C’est fascinant pareil.
Un homme excentrique? « Quel leader coloré! »
Une femme expressive? « Elle est intense. »
Une personne froide? « Wow, elle est structurée. »
Une nounoune heureuse? « …Est-ce qu’elle est correcte? »
Alors on apprend à se contenir. On devient experts du camouflage humain. On apprend à adoucir nos expressions d’Abitibien pour mieux passer dans le moule. Nos passions. Nos drôleries. Nos émotions trop visibles. Nos mains qui bougent quand on parle (Oui oui, je sais… mais que veux-tu, c’est dans mon ADN.). Notre rire bizarre. Notre enthousiasme d’enfant quand quelqu’un apporte des muffins au chocolat dans la salle du personnel.
Pis tranquillement… on devient acceptables. Mais mon Dieu qu’on devient fatigués. Parce que jouer un personnage huit heures par jour, c’est épuisant. C’est comme porter des jeans trop serrés pour l’âme.
Le pire?
Les gens finissent par aimer une version de nous qui n’existe même pas vraiment. Et un jour, tu réalises quelque chose d’un peu triste: les personnes qui auraient adoré le vrai toi… n’ont jamais eu la chance de le rencontrer.
Vieillir m’a appris une affaire importante: la paix intérieure commence souvent le jour où tu arrêtes d’essayer d’avoir l’air “normal”. Aujourd’hui, mon côté nounoune heureuse existe au grand jour.
Il rit fort.
Il fait des métaphores inutiles, mais drôle (Ben j’pense).
Il pleure devant des vidéos de chiens adoptés (c'est tellement cute…).
Il transforme des conversations sérieuses en sketch involontaire (Si vous verriez leurs faces… on dirait qu’ils essaient de comprendre si je suis brillante ou juste très fatiguée...)
Il met parfois trop d’émotions dans des histoires qui ne le méritaient pas tant que ça (ça rend la chose plus intéressante…).
Pis honnêtement?
Je pense que c’est la partie la plus courageuse de moi. Parce qu’il faut du courage pour rester lumineux dans un monde qui récompense souvent les gens fermés. Et si je peux me permettre une réflexion: les gens les plus mémorables ne sont presque jamais ceux qui ont parfaitement joué le jeu social. Ce sont ceux qui ont fini par enlever le masque… même s’il leur coûtait l’approbation de certaines personnes. Au fond, être accepté pour une version modifiée de soi-même, c’est une drôle de solitude. Alors qu’être pleinement soi-même? Ça fait peut-être perdre quelques personnes…
Mais celles qui restent?
Elles t’aiment pour vrai.
La Délicatement Fatiguée!
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