Il y a un moment dans la vie où tu regardes tes parents… pis tu réalises doucement que les rôles changent un peu. Pas d’un coup. Pas dramatiquement comme dans les films avec une musique triste au piano.
Non...
Ça arrive un mardi après-midi ben ordinaire. Quand tu vois ta mère sortir ses petites pilules dans un étui classé par jour de la semaine comme une pharmacienne organisée. Quand tu remarques qu’elle prend un peu plus son temps qu’avant.
Mise au point....
Ma mère est encore une tite vite… même un jeune de 20 ans a de la misère à la suivre. Mais avant? C’étaient les champions de course à pied qui lui demandaient de ralentir un peu! Bref.... Quand tu réalises soudainement que tes parents… vieillissent.
Pis toi, dans ta tête, t’as encore 12 ans.
Ou quand tu repenses à ton père, celui qui pouvait vendre une assurance-vie à n’importe qui en cinq minutes…mais qui était incapable d’accrocher une tablette droite en dedans de 30 minutes. Non, lui, une petite réparation devenait immédiatement une opération militaire. Il sortait l’artillerie lourde, tous les outils possibles… pis ça prenait le temps que ça prenait!
Mon père était vendeur d’assurances. Un vrai de vrai. Le genre d’homme capable de parler à tout le monde. Il aurait pu convaincre un poisson d’acheter une assurance contre la noyade.
Mais manuel? Pantoute.
Par contre… il avait TOUS les outils imaginables.
Je pense sincèrement que Canadian Tire survivait grâce à des hommes comme lui. Il possédait assez d’équipement pour construire un chalet en bois rond… mais il appelait quelqu’un pour changer un robinet.
Son garage avait l’air d’un atelier professionnel.
Des coffres rouges.
Des tournevis classés.
Des perceuses flambant neuves.
Des outils spécialisés dont personne connaît le nom mais qui coûtent un bras.
Pis malgré ça…
Chaque projet commençait par :
« Bon… on va regarder ça. »
Et se terminait souvent par :
« On va appeler quelqu’un. »
Mais ça le rendait attachant. Parce qu’il essayait pareil.
Je me rappelle encore de lui devant un meuble à assembler, le manuel dans les mains, avec l’air d’un homme qui négociait un contrat international extrêmement complexe. Pis quand ça marchait pas, il s’avouait jamais vaincu. Quitte à monter ça tout croche… mais assez droit pour que ça paraisse pas. Les vis en trop disparaissaient mystérieusement dans ses poches, pendant qu’il disait avec confiance : « Je te le jure, ça va marcher. »
L’an passé, j’ai perdu mon père. Pis honnêtement… j’ai trouvé ça extrêmement difficile. Le deuil, c’est étrange. Au début, on pense qu’on ne survivra jamais à cette peine-là. Et finalement… on apprend à vivre avec.
Aujourd’hui, je ne pleure plus comme avant. Mais il revient souvent dans mes pensées. Quand je vois un kit d’outils en spécial. Un vendeur un peu trop charismatique. Une vieille caisse de vis dans un garage ou quelque chose que je sais qu’il aurait trouvé “ben pratique”… sans jamais vraiment s’en servir.
Et pendant quelques secondes… je revois son visage.
Pis maintenant, il reste ma mère. Ma plus grande fan. Cette femme-là croit en moi plus que moi-même. Je pense sincèrement que si je décidais demain matin de lancer une carrière internationale de fabrication de macaroni décoratif, elle dirait : « Ma fille a toujours eu beaucoup de créativité. »
Elle vit pour des choses simples.
Le ménage.
Ses petits-enfants.
Ses marches quotidiennes.
Le ménage d’abord. Cette femme-là nettoie des affaires déjà propres. Je suis convaincue qu’elle passe un Swiffer juste pour relaxer. Tu pourrais manger directement sur le sol sans assiette pis respecter quand même les normes sanitaires d’un hôpital. Et malgré ça, quand tu arrives :« Excuse le bordel. »
Quel bordel? Le coussin légèrement déplacé?
Et ses petits-enfants… ah mon Dieu! Cette femme-là pourrait être fatiguée. Mais dès qu’ils arrivent, elle retrouve l’énergie d’une animatrice de camp de jour qui vient de boire trois expressos bien corsés. Elle prépare des collations, raconte des histoires, trouve des jouets disparus depuis 2018… tout ça avec le sourire.
Pis ensuite… la marche. Ma mère marche plus qu’un athlète olympique. Même si ça fait moins de dix ans qu’elle habite dans sa ville, on dirait qu’elle connaît déjà chaque rue, chaque petit sentier, chaque coin tranquille où le soleil frappe juste comme il faut. Elle marche pour regarder le paysage. Respirer l’air frais. Penser. Observer le monde.
Et malgré quelques petits problèmes de santé… elle pète le feu. Moi après une montée d’escalier : « J’pense que mon âme a quitté mon corps. » Elle après 12 kilomètres : « On pourrait faire un autre petit détour. » Madame… êtes-vous secrètement commanditée par Adidas?
Mais derrière l’humour, il y a cette vérité-là : voir nos parents vieillir, c’est réaliser que le temps avance aussi pour nous. Et ça fait quelque chose.
Parce qu’un jour, les personnes qui nous protégeaient deviennent celles qu’on veut protéger à notre tour. Alors maintenant, j’essaie de savourer davantage les petits moments.
Les appels trop longs.
Les histoires répétées.
Les marches tranquilles.
Les cafés qui durent trop longtemps.
Parce qu’au fond, ce sont ces petits riens-là qui deviennent les plus grands souvenirs.
La Délicatement Fatiguée
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