Il fut un temps où les gens regardaient par la fenêtre du salon. Pas pour prendre une photo du coucher de soleil avec un filtre “nostalgie boréale”. Non. Juste… regarder dehors. Aujourd’hui, si l’ascenseur prend plus de quatre secondes à arriver, quelqu’un sort son téléphone comme un cowboy qui dégaine son revolver. On vit vite. Très vite. Tellement vite qu’on applaudirait probablement un micro-ondes capable de réchauffer notre café avant même qu’on réalise qu’on est fatigué. Mais des fois, je me demande si toute cette vitesse-là, ce n’est pas surtout une manière élégante d’éviter de réfléchir. Parce que réfléchir, ça fatigue plus qu’un marathon Costco un samedi matin.
L’art moderne de fuir ses pensées
Prenons un exemple très simple. Tu t’assois sur le divan après une grosse journée. Le silence arrive tranquillement. Ton cerveau commence à poser des questions dangereuses :
- « Suis-je heureuse? »
- « Est-ce que j’aime vraiment ce que je fais? »
- « Pourquoi j’ai répondu “toi aussi” au serveur qui m’a dit bon appétit en 2017? »
Et là… panique. On ouvre immédiatement Facebook. Parce qu’entre une remise en question existentielle et regarder un gars nettoyer des tapis au Kärcher pendant 42 minutes… le choix est vite fait.
Les écouteurs : le nouveau “ne me laisse surtout pas seul avec moi-même”
Avant, les gens marchaient. Maintenant, ils “consomment du contenu en déplacement”. Même pour aller chercher le courrier, on a besoin d’un podcast, d’une vidéo, d’une musique motivante ou d’un gourou de croissance personnelle qui nous explique comment devenir millionnaire avant mardi. On ne traverse plus une épicerie. On vit une expérience multimédia. J’ai vu quelqu’un écouter une vidéo pendant qu’il attendait son café… qui prenait 45 secondes à préparer. QUARANTE-CINQ secondes de silence étaient devenues émotionnellement trop risquées.
Les conversations modernes
Même les discussions vont vite. Quelqu’un commence à raconter une émotion sincère et immédiatement, quelqu’un d’autre répond :
« Ah ouin? Moi aussi ça m’est arrivé! »
Et là, la personne transforme ton traumatisme en compétition olympique de l’anecdote.
Tu dis :
« Je suis fatigué ces temps-ci… »
L’autre répond :
« Fatigué? Moi j’ai trois enfants, deux chiens, un side-line Etsy, pis je fais du yoga chaud dans mon sommeil. »
Bravo Julie!
Tu remportes officiellement la médaille d’or du burn-out.
Les files d’attente : dernier endroit où l’humain rencontre ses pensées
Les files d’attente sont fascinantes.
Avant :
- Les gens regardaient autour, soupiraient, lisaient les revues du dentiste datant de 1998.
Aujourd’hui :
- Tout le monde baisse la tête sur son téléphone comme une secte silencieuse qui prie le dieu du Wi-Fi.
Parce qu’attendre, c’est dangereux. Attendre crée un espace. Et dans cet espace-là, il y a parfois une pensée qui surgit :
« Peut-être que je suis épuisé. »
Alors vite, une vidéo de recette avec du fromage fondu.
Même le repos est rendu productif. On ne relaxe plus. On “optimise notre récupération”. Tu ne peux plus juste prendre une marche. Non. Il faut compter tes pas, mesurer ton sommeil, écouter un podcast éducatif, boire une eau enrichie de minéraux volcaniques pis apprendre l’espagnol en respirant. On transforme même le calme en projet de performance. Bientôt, quelqu’un va méditer avec un PowerPoint.
Et si le problème, c’était le silence?
Je pense qu’on court parfois tellement vite parce que le silence nous rattrape. Le silence pose des questions qu’on évite depuis longtemps :
- Est-ce que je vis pour moi ou pour impressionner les autres?
- Pourquoi je suis toujours fatiguée?
- Pourquoi j’ai besoin d’être occupée pour me sentir importante?
- Est-ce que j’aime ma vie… ou juste le fait d’avoir l’air occupé?
Et honnêtement? Je comprends. Réfléchir, ça peut faire peur. Parce qu’il y a des vérités qui arrivent doucement, sans notification.
La preuve ultime qu’on ne veut plus réfléchir
L’autre jour, j’ai oublié mon téléphone à la maison. Pendant dix minutes, j’ai vécu toutes les étapes du deuil.
Le déni
La panique
La sueur
La réalisation que je ne connaissais même plus le numéro de ma propre mère. J’étais seul avec mes pensées dans l’auto. J’ai regardé la route. Les arbres. Le ciel. Pis pendant quelques secondes… c’était presque agréable. Ce qui est inquiétant, c’est que mon premier réflexe après ça a été :
« Faudrait que je prenne ça en photo. »
À ce moment-là, mon pire agent de découragement, c’était moi-même...
Peut-être qu’on n’a pas besoin d’aller plus vite
Peut-être qu’on a juste besoin d’arrêter deux minutes. Pas pour devenir parfait. Pas pour “se réaligner avec notre essence cosmique intérieure”. Juste… respirer un peu. Parce qu’au fond, la vie n’est peut-être pas censée être une course permanente entre deux notifications. Et peut-être que le vrai courage aujourd’hui, ce n’est pas d’être occupé. C’est d’être capable de rester seul avec soi-même… sans ouvrir Instagram après huit secondes.
La Délicatement Fatiguée
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