Il y a un moment, quelque part entre un élève qui me demande si “Google peut penser à sa place” et un autre qui me dit qu’il ne lit plus parce que “les vidéos vont plus vite”, où une petite voix dans ma tête murmure : on est-tu en train de scrapper des cerveaux collectivement, là ? Je caricature. Un peu. Mais pas tant.
Le cerveau version « scroll illimité »
Selon Nicholas Carr, notre cerveau s’adapte à la façon dont on consomme l’information. Dans son livre The Shallows, il explique que l’usage intensif d’Internet modifie notre capacité d’attention et de concentration profonde. En gros, plus on survole, moins on creuse. Et honnêtement… ça paraît. Avant, on cherchait une réponse. Maintenant, on cherche une réponse rapide. Et si possible… avec des sous-titres, un résumé, et quelqu’un qui pointe des mots à l’écran avec une musique dramatique en arrière.
Le multitâche : cette illusion qu’on adore
Les jeunes (et les moins jeunes, soyons honnêtes) sont devenus des experts du multitâche : TikTok + devoir + message texte + musique + une crise existentielle en arrière-plan. Sauf que… La chercheuse Gloria Mark a démontré que notre capacité d’attention moyenne sur une tâche est passée à environ 47 secondes avant d’être interrompue. 47 secondes. C’est à peine le temps de comprendre une consigne… ou de réaliser qu’on a oublié pourquoi on avait ouvert l’application.
Le cerveau fatigué… mais stimulé en permanence
Le neuroscientifique Daniel Levitin explique que notre cerveau n’est pas conçu pour gérer autant de stimuli constants. Résultat : surcharge cognitive, fatigue mentale et difficulté à organiser l’information. Autrement dit, on reçoit tout. Mais on comprend moins. C’est un peu comme manger un buffet à volonté… en courant.
Lire ou scroller : il faut choisir (ou pas ?)
Une étude menée par Stanford University a montré que les lecteurs numériques ont tendance à lire en diagonale, à sauter d’une information à l’autre, et à moins retenir en profondeur. Ce n’est pas qu’ils sont moins intelligents. C’est qu’ils lisent différemment. Et là, la prof en moi panique légèrement. (Bon… modérément. Disons… intérieurement.)
Et les enfants dans tout ça ?
Le psychologue Jean Twenge souligne que les jeunes générations exposées très tôt aux écrans présentent davantage de difficultés liées à l’attention, au sommeil et à l’anxiété. Mais attention, ce n’est pas un discours catastrophiste. C’est un constat nuancé. La technologie n’est pas le problème, mais elle change profondément notre façon de penser, d’apprendre… et d’être.
Alors… on fait quoi ?
On ne va pas retourner à l’époque du pigeon voyageur et du dictionnaire en 12 tomes (quoique… ça avait son charme). Mais peut-être qu’on peut réapprendre à s’ennuyer (oui, oui… ce vieux concept oublié), à lire sans interruption (sans vérifier son téléphone toutes les 2 minutes), à créer des espaces sans écran (même courts) et surtout… apprendre aux jeunes comment penser, pas juste où cliquer.
Une peur… mais aussi une responsabilité
Ma peur n’est pas que les jeunes deviennent “moins intelligents”. Ma peur, c’est qu’ils deviennent ultra-rapides… mais superficiels, connectés… mais dispersés, informés… mais pas transformés. Et ça, ce n’est pas une fatalité. C’est un choix collectif. Parce que le cerveau, heureusement, reste une machine incroyable : il s’adapte… dans les deux sens.
Conclusion (semi-rassurante)
Oui, l’IA, Internet et les écrans transforment nos cerveaux. Oui, ça peut inquiéter. Mais si on apprend à utiliser ces outils avec conscience… on pourrait aussi former des générations capables de penser différemment, autrement, peut-être même mieux. (… mais quand même, si on pouvait finir une phrase sans checker son cell une fois de temps en temps, ce serait déjà un bon début …)
La Délicatement Fatiguée
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