Deux mois de vacances… ou deux mois pour respirer?

Publié le 22 avril 2026 à 13 h 03

     Chaque été, c’est la même petite musique sociale qui revient, comme une chanson qu’on n’a pas choisie mais qu’on connaît par cœur : 

“Ahhhh, les enseignants… deux mois de vacances!”

      Deux mois.  Dit comme ça, on dirait presque un forfait tout-inclus à Cancún avec margarita à volonté et aucun enfant qui crie « Madameeeee! » en arrière-plan.  Spoiler : ce n’est pas exactement ça.

 

Le grand mythe estival

     Il y a une confusion tenace entre vacances et temps non travaillé devant élèves. Ce n’est pas la même chose.  Comme le disait Albert Camus :

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

Voilà. Tout est dit. 

     On appelle ça des vacances… et soudainement, ça devient suspect d’en avoir.  Parce que dans l’imaginaire collectif, pendant que d’autres travaillent, l’enseignant flotte dans une piscine gonflable, lisant un roman profond… ou au pire, corrigeant un peu par choix esthétique.

 La réalité?  Une bonne partie de ce temps sert à :  récupérer d’une année intense (émotionnellement et mentalement), planifier la suivante, se former, réorganiser du matériel, et, révolutionnaire concept… vivre.

 

Enseigner, c’est facile…(apparemment)

Il y a aussi cette phrase mythique :

“À l’élémentaire, ils sont petits, c’est donc facile.”

 

  Oui, bien sûr... Des humains en développement, qui apprennent à lire, à gérer leurs émotions, à vivre en société… rien de complexe là-dedans.

Puis, l’autre version :

“Au secondaire, ils sont plus grands, donc plus faciles.”

     Exact...  Des adolescents en pleine construction identitaire, avec des hormones, des remises en question existentielles et une capacité impressionnante à détecter l’injustice en 0,2 seconde… du gâteau.

Dans les deux cas, c’est fascinant :  On réussit à croire que c’est simple… peu importe l’âge des élèves.

 

Le jugement rapide, sport national

     Il y a quelque chose d’assez universel dans notre rapport à l’école :  tout le monde y est passé… donc tout le monde pense savoir comment ça fonctionne.  Comme l’écrivait Mark Twain :

« Ce n’est pas ce que nous ne savons pas qui nous cause des ennuis, c’est ce que nous savons avec certitude et qui n’est pas vrai. »

     On a tous été élèves.  Mais enseigner, ce n’est pas être assis à un pupitre en attendant la cloche.  C’est gérer 25 à 30 réalités différentes en même temps, enseigner et observer et intervenir et ajuster… simultanément, de porter des histoires invisibles (anxiété, difficultés, contextes familiaux), et continuer quand même à expliquer les fractions ou l’accord du participe passé.

 

Et l’été, dans tout ça?

     L’été, ce n’est pas un luxe offert.  C’est une pause nécessaire dans une profession qui ne s’arrête jamais vraiment.  Comme le disait Aristote :

« Le repos est nécessaire au travail. »

     Pas optionnel. Nécessaire. Parce qu’enseigner, ce n’est pas juste un travail. C’est une implication constante : intellectuelle, émotionnelle, relationnelle. Et sans pause réelle… il n’y a plus de souffle. 

 

Une vérité un peu moins drôle (mais importante)

     On pourrait en rire , et on le fait, mais derrière les blagues sur les “deux mois de vacances”, il y a une incompréhension plus large : celle de la complexité du métier.  Et peut-être que le vrai problème n’est pas que les enseignants aient du temps l’été…  mais qu’on ne voie pas tout ce qu’ils donnent le reste de l’année.

 

Conclusion : et si on changeait le regard?

Alors oui, l’été arrive.  Et oui, les enseignants ralentissent.  Mais au lieu de dire :

“Chanceux, deux mois de vacances!” 

On pourrait essayer :

“Tu dois en avoir besoin.” 

Ce serait déjà un bon début.

La Délicatement Fatiguée

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