Il y a des choses qu’on préfère ne pas savoir.
La météo de demain. Le solde de notre carte de crédit après les vacances. Le nombre de courges qu’on va réellement réussir à manger cet automne.
Et surtout… la date de la rentrée scolaire.
Pourtant, jusqu’à tout récemment, j’avais réussi un exploit remarquable : j’avais complètement oublié que l’école recommençait.
Pas volontairement, évidemment.
J’avais simplement décidé, quelque part au début de l’été, que mon cerveau n’avait plus besoin de fonctionner en mode « enseignante ».
Plus de PEI.
Plus d’adaptations.
Plus de « Madame, j’ai perdu mon Chromebook ».
Plus de « Madame, est-ce que c’est pour demain? » alors que la consigne est écrite en gros caractères au tableau.
Et surtout…
Plus de calendrier scolaire.
J’étais bien.
Très bien, même.
J’ai décroché.
Mais pas juste un peu.
J’ai décroché pour vrai.
Du travail.
Du blog.
Des interactions humaines.
Des messages professionnels.
Des obligations.
De cette impression constante qu’il faudrait toujours être quelque part, faire quelque chose, répondre à quelqu’un ou penser à la prochaine chose à faire.
Cet été, j’ai simplement… vécu.
J’ai jardiné.
J’ai travaillé fort physiquement.
J’ai mis les mains dans la terre, déplacé des choses beaucoup trop lourdes, bricolé, entretenu, planté, arrosé et récolté.
J’ai passé du temps avec mes animaux.
Mes chevaux.
Mes poules.
Mes oies.
Mes canards.
Et curieusement, ces animaux ont été d’excellents partenaires de vacances.
Ils ne m’ont jamais demandé :
« Heille, as-tu terminé ce PEI ? »
Ils ne m’ont jamais écrit :
« Petit rappel concernant le tableau des adaptations… »
Et aucun d’eux ne m’a demandé si j’avais reçu le courriel envoyé à 21 h 47.
Ils avaient seulement besoin que je sois là.
Et ça m’a fait un bien fou.
Puis il y a eu cet appel avec ma mère.
Une conversation parfaitement banale.
Jusqu’au moment où, au détour d’une phrase, elle m’a dit quelque chose qui ressemblait vaguement à :
« Bien… l’école recommence bientôt hein? »
« Oui, dans deux semaines....»
« Tu es certaine »
« Oui, je recommence le 24...»
« Bien c'est lundi de la semaine prochaine, ma belle fille!»
....
Pardon?
Lundi?
Prochain?
Comme dans… dans quelques jours?
J’ai senti mon cerveau faire un petit bruit de Windows qui plante.
J’étais encore mentalement quelque part entre juillet et août, probablement en train d’arroser mes tomates.
Et voilà que ma mère venait de m’annoncer, avec le calme d’une personne qui n’est pas enseignante, que la réalité existait encore.
J’ai raccroché.
Je suis restée là.
Et j’ai réalisé que je n’étais absolument pas prête.
Pas prête mentalement.
Pas prête émotionnellement.
Pas prête à remettre mon cerveau en mode « école ».
Parce que cet été, j’ai découvert quelque chose que j’oublie parfois pendant l’année scolaire :
Je ne suis pas seulement une enseignante.
Je suis aussi une femme qui aime jardiner.
Une femme qui aime travailler de ses mains.
Une femme qui aime les animaux.
Une femme qui peut passer une heure à observer une poule faire quelque chose de complètement inutile, mais étrangement fascinant.
Une femme qui aime être dehors.
Une femme qui aime ne pas avoir d’horaire.
Une femme qui aime se lever sans savoir exactement ce que la journée va lui réserver.
Et surtout, une femme qui avait probablement besoin de ne rien produire pendant un petit bout de temps.
Parce que l’école nous apprend à donner.
À donner du temps.
De l’énergie.
De la patience.
Des idées.
De l’attention.
Du soutien.
Et parfois, sans même s’en rendre compte, on finit par donner tellement qu’on oublie de remplir notre propre réservoir.
Cet été, j’ai rempli le mien.
Avec de la terre sous les ongles.
Avec des journées physiquement épuisantes.
Avec des animaux.
Avec du silence.
Avec des conversations qui ne parlaient pas d’école.
Avec des journées où je n’ai rien écrit.
Rien publié.
Rien planifié.
Et franchement?
Ça m’a fait du bien.
Alors oui, lundi approche.
Je le sais maintenant.
Merci maman. 😒
Je vais tranquillement ressortir mon cerveau d’enseignante de sa boîte.
Je vais probablement chercher où j’ai rangé mes trucs d’école.
Je vais regarder mon calendrier avec l’air de quelqu’un qui découvre une mauvaise nouvelle.
Je vais recommencer à penser aux élèves, aux PEI, aux adaptations, aux horaires, aux rencontres et à toutes ces petites choses qui font partie de ma vie professionnelle.
Mais cette année, j’ai peut-être envie de me rappeler quelque chose.
Je peux être une enseignante passionnée sans être enseignante 24 heures sur 24.
Je peux aimer mon métier et avoir besoin de m’en éloigner.
Je peux avoir hâte de retrouver mes élèves tout en n’ayant absolument aucune envie de mettre les pieds dans une école lundi matin.
Les deux peuvent être vrais en même temps.
Alors si vous me cherchez dimanche soir…
Je serai probablement quelque part entre mon jardin, mes animaux et mon désespoir devant mon agenda.
Parce que, finalement, les vacances ne se terminent pas vraiment quand le calendrier le dit.
Elles se terminent le jour où quelqu’un nous rappelle qu’elles sont terminées.
Merci maman. 🙁
La prochaine fois, je ne réponds pas au téléphone. 😂
Et maintenant…
où est-ce que j’ai mis mon cerveau d’enseignante?
La Délicatement Fatiguée
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