Il y a quelques années, si quelqu’un m’avait demandé quel genre de personne je voulais devenir, j’aurais probablement répondu avec une liste impressionnante de qualités : plus patiente, plus organisée, plus efficace, plus en forme, plus zen, plus productive, plus ceci, plus cela.
Aujourd’hui, la question qui m’habite davantage est différente.
Quel genre de personne je ne veux plus devenir?
Et étrangement, la réponse est beaucoup plus claire.
Je ne veux plus devenir cette femme qui court tellement vite qu’elle oublie pourquoi elle court.
Vous savez, celle qui répond à ses courriels en mangeant un sandwich, qui fait trois listes pour gérer les tâches de la liste précédente, qui se couche en pensant à ce qu’elle n’a pas terminé plutôt qu’à ce qu’elle a accompli.
Cette femme-là, je l’ai déjà été.
Elle était très efficace.
Très responsable.
Très fatiguée aussi.
Je ne veux plus devenir cette personne qui s’excuse constamment.
Pas pour avoir fait une erreur.
Pour exister.
Pour prendre de la place.
Pour dire non.
Pour avoir besoin d’aide.
Pour quitter une conversation.
Pour ne pas être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
À un moment donné, j’aurais pu m’excuser de respirer trop fort.
« Désolée d’avoir besoin d’oxygène. »
Je ne veux plus devenir cette femme qui croit qu’elle doit tout contrôler.
Parce que l’univers possède un sens de l’humour remarquable.
Chaque fois que j’ai pensé avoir tout planifié, il m’a envoyé un imprévu.
Parfois sous la forme d’un problème à régler.
Parfois sous la forme d’un enfant malade.
Parfois sous la forme d’un cheval qui décide que le programme de la journée n’est qu’une suggestion.
Les animaux ont d’ailleurs cette incroyable capacité à nous rappeler que nous ne contrôlons absolument rien.
Tu peux avoir un horaire parfait.
Puis une oie décide de visiter le voisinage.
Une poule décide de ne plus pondre.
Un cheval décide de redécorer sa clôture.
Et ton plan tombe à l’eau avant même ton premier café.
Je ne veux plus devenir la personne qui attend constamment le prochain chapitre pour être heureuse.
Quand les enfants seront plus grands.
Quand les rénovations seront terminées.
Quand les vacances arriveront.
Quand la retraite viendra.
Quand la prochaine fin de semaine sera là.
Quand...
Quand...
Quand...
À force de regarder l’horizon, on oublie parfois de regarder le paysage.
Et pourtant, la vie se déroule maintenant.
Pas dans six mois.
Pas l’an prochain.
Aujourd’hui.
Même quand aujourd’hui inclut du fumier, du pollen, des courriels et un évier rempli de vaisselle.
Je ne veux plus devenir cette personne qui se mesure constamment aux autres.
Parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui fait plus.
Quelqu’un qui semble mieux réussir.
Quelqu’un qui voyage davantage.
Quelqu’un qui cuisine mieux.
Quelqu’un dont les photos Facebook donnent l’impression que sa vie entière est commanditée par une agence de tourisme.
La vérité?
Personne ne publie la photo de son anxiété du mardi soir ou de son bac de recyclage qui déborde.
Nous comparons souvent notre réalité à la vitrine des autres.
Et c’est un concours impossible à gagner.
Avec les années, j’ai découvert quelque chose d’étrange.
Vieillir ne consiste pas seulement à devenir quelqu’un.
Parfois, c’est aussi apprendre à ne plus devenir certaines versions de soi-même.
Déposer des habitudes.
Abandonner des attentes.
Laisser partir des masques devenus trop lourds.
Alors aujourd’hui, si quelqu’un me demande quel genre de personne je veux devenir, je ne suis pas certaine d’avoir une réponse parfaite.
Mais je sais une chose.
Je ne veux plus devenir une personne qui oublie de rire.
Une personne qui passe à côté des petits bonheurs parce qu’elle est trop occupée à chercher les grands.
Une personne qui remet sa vie à plus tard.
Parce qu’entre les chevaux, les oies, les projets inachevés, les responsabilités, les imprévus et les journées parfois complètement absurdes, j’ai compris quelque chose.
La vie n’attend pas que tout soit parfait pour être belle.
Et heureusement.
Parce que si elle attendait après moi, elle risquerait d’attendre longtemps.
La Délicatement Fatiguée
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