Les versions de moi que j’ai dû laisser partir

Publié le 10 avril 2026 à 06 h 03

     On parle souvent de devenir quelqu’un. On parle moins de toutes les personnes qu’on cesse d’être en chemin. Pourtant, je peux vous dire une chose : je suis une experte en deuil… de moi-même.

 

  1. Il y a eu la moi de 12 ans.

 

     Celle qui croyait dur comme fer qu’un jour, elle serait chanteuse ou chirurgienne (dans sa tête, les deux étaient parfaitement compatibles). Elle chantait dans sa chambre avec une brosse à cheveux en guise de micro, pendant que son chien la regardait avec un mélange d’inquiétude et de jugement.

 

     J’ai dû la laisser partir, celle-là.... Pas parce qu’elle n’était pas belle… mais parce qu’elle ne savait pas encore que la vie, parfois, te fait bifurquer sans te demander ton avis.

 

  1. Il y a eu la moi qui voulait plaire à tout le monde.

 

     Celle qui disait oui avant même de comprendre la question. Celle qui riait à des blagues pas drôles, qui s’excusait d’exister, qui ajustait sa personnalité comme on ajuste un chandail trop serré.

 

     Je me souviens d’une fois où j’ai accepté d’aller à une activité que je détestais profondément… juste pour ne pas décevoir. J’ai passé la soirée à sourire en silence, en me promettant intérieurement : « Plus jamais. » (Évidemment, j’ai recommencé. Plusieurs fois. L’apprentissage était… lent.)

 

     Celle-là aussi, j’ai dû la laisser partir. Avec un peu de culpabilité… mais surtout beaucoup de soulagement.

 

  1. Il y a eu la moi qui pensait que tout devait être parfait.

 

La maison. Le travail. Les relations. Les lunchs. (Ah, les lunchs… si vous saviez.)

 

     Je me rappelle avoir préparé un repas digne d’un magazine… que mes enfants m'ont regardé avec suspicion avant de me dire : « Est-ce que nous avons un sandwich normal aussi ? » Ce jour-là, quelque chose en moi s’est fissuré… puis s’est libéré.  Parce que la perfection, c’est fatigant.  Et surtout, ça ne nourrit personne.

 

  1. Et puis il y a eu la moi plus fragile.

 

     Celle qui a douté.  Celle qui s’est sentie dépassée.  Celle qui a eu envie, parfois, de tout arrêter… ou au moins de prendre une pause de 48 heures dans une chambre d’hôtel avec du silence et du service aux chambres. 

 

     Je ne l’ai pas complètement laissée partir, celle-là.  Je l’ai plutôt apprivoisée.  Parce qu’elle me rappelle que je suis humaine.  Et que derrière chaque version forte de moi… il y a une version qui a tenu bon un jour de plus. 

 

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     Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que grandir, ce n’est pas seulement ajouter des couches.  C’est aussi en enlever.  C’est accepter que certaines versions de nous ont été nécessaires… mais qu’elles ne nous servent plus.  C’est les remercier doucement, même celles qui nous ont fait trébucher.  Même celles qui nous font encore un peu rougir quand on y pense la nuit.

 

     Aujourd’hui, je suis une mosaïque de toutes ces femmes que j’ai été.  Certaines sont parties. Certaines murmurent encore.  Et d’autres continuent de se transformer.  Et je crois que c’est ça, au fond, devenir soi :  accepter de se perdre un peu… pour mieux se retrouver autrement.

Et entre vous et moi… Je garde quand même une petite place pour la fille avec sa brosse à cheveux.  Au cas où.

La Délicatement Fatiguée

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