Chacun pour soi… mais pourquoi?

Publié le 17 juin 2026 à 06 h 57

Quand j’étais jeune, on ne verrouillait même pas les portes. Pas parce qu’il n’y avait pas de voleurs, non. Parce qu’il y avait surtout des voisins.

Des vrais voisins. Ceux qui entraient sans téléphoner, qui empruntaient une tasse de sucre et qui restaient finalement pour prendre un café. Ceux qui surveillaient les enfants quand ils jouaient dans la rue et qui apportaient une soupe quand quelqu’un était malade.

Aujourd’hui, on peut habiter cinq ans à côté de quelqu’un sans connaître son nom. On connaît son chien parce qu’on l’a vu sur Facebook, mais pas son prénom.

Et pourtant, nous sommes plus connectés que jamais.

Connectés, oui. Reliés, pas toujours.

Je me demande souvent : pourquoi sommes-nous devenus si individualistes?

Est-ce parce que nous courons toujours après le temps? Parce qu’on travaille plus, qu’on dort moins et qu’on est constamment bombardés d’informations? Peut-être.

Est-ce parce qu’on nous répète depuis des années qu’il faut penser à soi, se choisir, mettre ses limites, protéger son énergie? Certainement un peu.

Attention, je ne dis pas qu’il faut s’oublier pour les autres. Une personne épuisée ne peut aider personne. Mais entre se respecter et ne plus voir personne autour de soi, il y a un monde.

J’ai l’impression qu’on a remplacé le « nous » par le « moi ».

Mon bonheur.
Ma réussite.
Mon bien-être.
Mon temps.
Mes besoins.

Comme si prendre soin des autres était devenu une faiblesse. Comme si rendre service était devenu une corvée. Comme si écouter quelqu’un nous faisait perdre quelque chose.

Pourtant, les plus beaux souvenirs de ma vie ne sont pas des choses que j’ai achetées. Ce sont des moments partagés.

Une voisine venue garder les enfants.
Une amie qui m’a appelée au bon moment.
Une soupe déposée sur le perron pendant une période difficile.
Une personne qui m’a dit : « Je suis là, si tu as besoin. »

La vérité, c’est que nous avons été faits pour vivre ensemble.

Et je crois qu’au fond, même les plus grands individualistes cherchent la même chose : être vus, être compris, être aimés.

Mais pour recevoir tout ça, il faut aussi être prêt à le donner.

Je ne crois pas que les gens soient devenus mauvais. Je pense plutôt qu’ils sont fatigués. Pressés. Méfiants parfois. Déçus souvent. Alors ils se construisent des clôtures invisibles pour se protéger.

Le problème, c’est qu’à force de se protéger de tout, on finit aussi par se protéger des autres.

Et la solitude, elle, ne fait jamais de bruit.

Elle s’installe doucement. Dans les maisons. Dans les familles. Dans les couples. Dans les résidences pour personnes âgées. Même au milieu d’une foule.

Alors peut-être que la révolution la plus nécessaire aujourd’hui n’est pas technologique.

Peut-être qu’elle est simplement humaine.

Prendre des nouvelles d’une amie sans raison.
Aller voir un voisin âgé.
Inviter quelqu’un à prendre un café.
Écouter sans regarder son téléphone.
Dire merci.
Dire je t’aime.
Être présent.

Parce qu’au bout du compte, quand la vie nous secoue, ce ne sont pas nos abonnés qui viennent nous tenir la main.

Ce sont les humains.

Et ça, aucune application ne pourra jamais le remplacer.

La Délicatement Fatiguée

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