Il y a quelque chose de fascinant qui se passe en ce moment.
Les gens retournent tranquillement pas vite aux valeurs de la terre.
Et je ne parle pas seulement de planter trois tomates stressées dans un pot Ikea sur un balcon qui donne sur un stationnement du Costco.
Non.
Je parle du grand retour du rêve pastoral moderne.
Le même gars qui, en 2018, ne savait pas faire cuire un œuf sans consulter YouTube possède maintenant :
- deux poules,
- un levain nommé « Gérard »,
- des opinions très fortes sur le compost brun versus le compost vert,
- et un chandail en laine beige qui coûte plus cher qu’un paiement d’auto.
Avant, les gens voulaient une piscine creusée.
Aujourd’hui, ils veulent :
« un petit terrain simple avec des poules, des fines herbes pis la paix ».
La paix.
Le fameux luxe moderne.
Parce qu’après des années à courir partout comme des hamsters caféinés, plusieurs réalisent soudainement qu’ils ne sont peut-être pas nés pour répondre à des courriels Teams à 22 h 14 en mangeant une barre tendre au-dessus de l’évier.
On dirait qu’on revient collectivement à quelque chose de plus humain.
Plus lent.
Plus vrai.
Même les réseaux sociaux ont changé.
Avant : photos de champagne dans un club à Miami.
Aujourd’hui : une femme filme ses betteraves avec une musique folklorique douce en écrivant : « La terre nous apprend la patience. »
Et le pire ?
Ça fonctionne.
On regarde ça pendant 14 minutes avec une émotion inexplicable.
Je pense qu’au fond, les humains sont fatigués du plastique.
Fatigués du bruit.
Fatigués des horaires remplis au point où prendre un rendez-vous chez le dentiste ressemble à organiser un sommet du G7.
Alors tranquillement, les gens reviennent vers :
- le jardinage,
- les marchés locaux,
- les recettes de grand-mère,
- les conserves,
- les promenades,
- les chandails de laine qui piquent,
- et les phrases comme : « Les tomates de l’épicerie goûtent rien. »
Phrase qui transforme automatiquement n’importe quel adulte en fermier philosophe.
Mais soyons honnêtes…
Le retour à la terre moderne reste quand même un peu drôle.
Parce que plusieurs veulent « vivre simplement », mais avec :
- le Wi-Fi haute vitesse,
- un bain thérapeutique,
- Amazon Prime,
- et un tracteur esthétique pour Instagram.
On veut traire une chèvre… mais avec un bon éclairage naturel.
On veut couper du bois… mais pas quand il fait trop froid.
On veut être autonomes… mais à dix minutes d’un Starbucks.
L’être humain est cohérent à sa façon.
Et malgré l’humour, je trouve ça beau.
Parce qu’au fond, ce retour vers la terre, ce n’est pas juste une mode Pinterest avec des pots Mason.
C’est peut-être une fatigue collective du faux.
Une envie de retrouver quelque chose qui ne sonne pas artificiel.
Quelque chose qui pousse lentement.
Quelque chose qu’on touche avec nos mains.
Quelque chose qui ne demande pas un mot de passe.
Peut-être qu’après avoir passé des années à courir après « toujours plus », les gens réalisent que le bonheur ressemblait davantage à :
- du pain chaud,
- des mains sales,
- du silence,
- un jardin imparfait,
- et des tomates croches qui goûtent enfin quelque chose.
Et honnêtement… Si la société peut ralentir un peu grâce à des carottes bio et des poules qui s’appellent Ginette… je pense qu’on n’est peut-être pas complètement perdus.
La Délicatement Fatiguée
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