Il y a quelque chose de fascinant chez l’être humain.
On peut inventer Internet, envoyer des gens dans l’espace, créer des machines capables de parler… mais on est encore capables de rire tous ensemble d’une personne qui trébuche dans un corridor d’école.
L’évolution est une drôle de chose.
Très tôt dans ma vie, j’ai remarqué un phénomène étrange : les gens sont souvent gentils… individuellement.
Mais en groupe?
Ahhhhhh. Là, ça devient une expérience sociale digne d’un documentaire animalier narré par quelqu’un de très fatigué.
Une personne seule peut avoir de l’empathie.
Un groupe peut décider qu’un enfant un peu différent mérite d’être regardé comme s’il avait annoncé vouloir vivre dans une cabane avec des ratons laveurs.
Et le plus étrange?
Personne ne semble vraiment savoir pourquoi il participe.
C’est toujours la même scène.
Quelqu’un commence.
Un regard.
Un commentaire.
Un rire étouffé.
Puis soudainement, les autres embarquent comme s’ils avaient signé un contrat invisible disant :
“Je confirme avoir abandonné ma personnalité pour les prochaines 45 minutes.”
Et voilà.
La foule est créée.
Ce qui me fascine le plus, ce n’est même pas la cruauté.
C’est la vitesse à laquelle les gens deviennent courageux lorsqu’ils sont plusieurs.
Un humain seul hésite à être méchant.
Mais ajoute trois spectateurs et soudainement, il se transforme en critique sociale non sollicitée avec une confiance de juge à Canada’s Got Talent.
Je pense qu’au fond, beaucoup de gens ont peur d’être la prochaine cible.
Alors ils rient avec les autres avant que les autres rient d’eux.
C’est triste quand on y pense.
Parce que parfois, la foule ne choisit même pas quelqu’un de “mauvais”.
Elle choisit simplement quelqu’un de différent.
Celui qui parle trop fort.
Ou pas assez.
Celui qui pose trop de questions.
Celui qui pense autrement.
Celui qui ne comprend pas les règles sociales inventées un mardi après-midi par des humains eux-mêmes perdus.
Les groupes adorent l’uniformité.
Ça les rassure.
Quelqu’un qui pense différemment rappelle aux autres qu’ils auraient peut-être pu choisir une autre façon de vivre… et ça, c’est inconfortable.
Alors on critique.
On appelle ça “humour”.
“Tradition.”
“Une joke.”
“Une façon d’être.”
“Le monde est de même.”
Ah oui.
La célèbre excuse universelle :
“Le monde est de même.”
Phrase pratique.
On peut l’utiliser pour éviter toute introspection depuis 1842.
Mais honnêtement, les personnes qui changent le monde n’ont presque jamais été celles qui suivaient la foule.
Imagine si tout le monde avait toujours suivi le groupe.
Quelqu’un aurait inventé le feu et les autres auraient répondu :
“Eille non. Ça fait peur. Nous, on préfère mourir gelés comme nos ancêtres.”
Les humains ont cette drôle d’habitude de ridiculiser ce qu’ils ne comprennent pas… avant de l’adopter dix ans plus tard avec un TED Talk et une gourde réutilisable.
Et parfois, les gens les plus critiqués deviennent justement ceux qui voient le monde le plus clairement.
Parce qu’être à l’extérieur de la foule donne une vue panoramique sur l’absurdité humaine.
Tu vois les mécanismes.
Les masques.
Les alliances temporaires.
Les gens qui changent d’opinion selon qui entre dans la pièce.
Tu réalises que beaucoup de personnes ne veulent pas forcément être bonnes.
Elles veulent surtout être acceptées.
Et ça explique énormément de choses.
Mais voici la partie ironique : la foule admire secrètement les gens qui osent être eux-mêmes.
Même ceux qu’elle critique.
Parce qu’au fond, ça demande un courage immense de rester soi-même dans un monde qui récompense souvent les copies conformes.
Alors non, je ne pense pas que les humains soient tous mauvais.
Je pense simplement qu’ils sont terrifiés d’être exclus.
Et parfois, la peur transforme des gens ordinaires en figurants dans un épisode gênant de Black Mirror émotionnel.
Mais chaque fois qu’une personne refuse de suivre la cruauté collective…
chaque fois qu’une personne dit :
“Non, ça ne me fait pas rire” … elle brise quelque chose.
Elle rappelle au groupe qu’il est composé d’individus. Pas seulement d’échos avec des chaussures.
La Délicatement Fatiguée
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