Il y a une solitude étrange qu’on ne nous explique jamais vraiment.
Pas celle des films dramatiques avec la pluie sur une fenêtre et une tasse de café froide. Non. Celle qui arrive au beau milieu d’un souper de famille, d’une salle des profs pleine de bruit, d’un groupe d’amis qui rit tellement fort qu’on devrait automatiquement se sentir bien… mais où, intérieurement, quelque chose reste assis seul dans un coin.
C’est fascinant quand on y pense. On peut recevoir vingt notifications, trois émojis qui pleurent de rire dans une conversation de groupe, deux invitations pour la fin de semaine… et quand même avoir l’impression d’être transparent. Comme un figurant dans sa propre vie.
Le plus ironique, c’est qu’on est probablement la génération la plus “connectée” de l’histoire. On sait ce que mange le cousin de notre ancienne voisine à Bali, mais on ne sait plus comment répondre honnêtement à la question :
« Pis toi… ça va pour vrai? »
Alors on développe des techniques très sophistiquées d’évitement émotionnel. On répond :
- « Fatigué, mais ça va. »
Parce que dire :
- « Je me sens vide même entouré de monde »
semble un peu intense entre deux bouchées de lasagne.
On devient experts dans l’art du personnage fonctionnel. Celui qui fait des blagues. Qui travaille. Qui aide tout le monde. Qui écoute les problèmes des autres avec une sagesse de moine tibétain… mais qui retourne chez lui avec un silence tellement lourd qu’il allume la télévision juste pour entendre une voix humaine.
Et honnêtement, ce silence-là est particulier. Parce qu’il ne vient pas toujours d’un manque de gens. Il vient souvent d’un manque de vérité.
On passe nos journées à être “acceptables”.
Acceptables au travail.
Acceptables en couple.
Acceptables sur Internet.
Acceptables dans les soupers.
Mais à force de filtrer ce qu’on ressent pour ne pas déranger, on finit parfois par vivre entouré de gens qui connaissent notre version polie… mais jamais notre vraie version.
Puis un jour, sans trop comprendre pourquoi, on se sent seul même au milieu d’une foule.
Le plus troublant, c’est que beaucoup de gens vivent exactement la même chose… en même temps… côte à côte.
Le gars drôle dans le corridor. La mère organisée qui semble tout gérer. L’ado qui passe sa vie sur son téléphone. Le collègue toujours occupé.
La personne qui dit constamment :
« Moi je suis correct. »
Parfois, “je suis correct” veut simplement dire :
« Je ne sais plus comment expliquer ce que je ressens. »
Et peut-être que la vraie prise de conscience commence là. Pas dans les grandes citations Instagram sur le bonheur. Pas dans les discours de motivation à 7h le matin. Mais dans ces petits moments où on décide enfin d’être un peu moins performants… et un peu plus vrais.
Parce qu’au fond, ce qui brise le plus la solitude, ce n’est pas nécessairement la présence des gens. C’est la sensation d’être vu pour vrai.
Pas admiré.
Pas envié.
Pas applaudi.
Vu.
Et si on arrêtait tous, juste un peu, de jouer au personnage principal qui “gère tout parfaitement”… peut-être qu’on découvrirait quelque chose d’assez drôle :
La majorité des humains marchent autour avec exactement la même peur intérieure… en faisant semblant d’être occupés.
La Délicatement Fatiguée
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