On vit dans une époque fascinante. Une époque où tout le monde veut du « vrai ». Du monde authentique. Des gens transparents. Des humains « pas fake ».
Mais attention. Pas trop vrais non plus.
Le genre de vrai acceptable. Le vrai instagrammable. Le vrai qui reste beau dans un éclairage naturel avec une tasse de café beige et une citation en dessous. Parce qu’en réalité, les gens aiment l’authenticité… jusqu’à ce qu’elle sente la sueur émotionnelle.
Tout le monde dit vouloir quelqu’un qui « dit les vraies affaires ». Mais quand quelqu’un dit réellement les vraies affaires, soudainement, ça devient :
- intense,
- négatif,
- agressif,
- pas professionnel,
- « quelqu’un qui a besoin de vacances ».
La société adore les gens authentiques… tant qu’ils restent polis, motivants et silencieusement brisés.
On veut des enseignants passionnés. Mais pas trop fatigués. On veut des parents honnêtes. Mais pas ceux qui avouent qu’ils mangent des croûtes de pain debout dans la cuisine à 22h parce qu’ils n’ont pas eu le temps de souper. On veut des femmes fortes. Mais pas celles qui sacrent dans leur voiture après leur quatrième réunion Teams de la journée.
L’authenticité moderne doit rester élégante. Maquillée. Digestible. Comme une dépression avec un beau cardigan.
Les réseaux sociaux ont transformé l’authenticité en performance artistique.
« Voici moi au naturel »
La photo a demandé :
- 74 prises,
- un ring light,
- deux filtres,
- un arrangement stratégique de cheveux,
- puis un breakdown émotionnel parce que “le naturel sortait pas assez naturel”.
On est rendus à jouer le rôle de nous-mêmes.
Et les gens sont étranges avec la vérité. Ils disent :
« Tu peux être honnête avec moi. »
C’est rarement vrai. Ce qu’ils veulent dire, c’est : « Tu peux être honnête avec moi, mais seulement si ton honnêteté confirme ce que je pense déjà. » Parce qu’une vraie authenticité, ça dérange. Ça gratte. Ça force les gens à regarder des affaires qu’ils cachent eux-mêmes sous un tapis émotionnel de chez Tigre Géant monté croche par un enfant de 4 ans dans son salon.
Les personnes authentiques ont souvent un problème majeur : elles oublient que les autres portent des costumes sociaux. Alors elles arrivent dans une conversation avec :
- leurs vraies émotions,
- leurs vraies opinions,
- leur vraie fatigue,
- leur vrai visage du vendredi 16h47.
Et tout le monde autour panique intérieurement comme si quelqu’un avait amené un raton laveur dans une réunion du personnel.
Le plus ironique, c’est que les gens les plus authentiques finissent souvent par s’excuser d’exister. Ils deviennent :
- « trop sensibles »,
- « trop directs »,
- « trop émotifs »,
- ou mon préféré :
« difficiles ».
Alors qu’en réalité, ils sont juste tannés de faire semblant que tout va bien pendant que Sylvain du département des finances explique pour la 14e fois comment “rester positif”.
***Sylvain mange probablement du céleri avec de la culpabilité.
Et pourtant…
Les moments les plus humains de notre vie ne viennent jamais du monde parfait. Ils viennent :
- des gens qui admettent qu’ils sont perdus,
- des parents qui disent “je sais plus quoi faire”,
- des enseignants qui avouent être épuisés,
- des amis qui répondent “ça va moyen”.
Ça, c’est vrai. Et le vrai crée des liens beaucoup plus forts que la perfection.
Mais il faut accepter une chose importante : Une personne authentique ne sera jamais confortable pour tout le monde. Parce qu’elle rappelle constamment aux autres l’énergie monumentale qu’ils dépensent à jouer un personnage. Et ça… ça épuise les gens.
Alors oui, les humains aiment l’authenticité. Mais surtout chez les autres.
À petite dose. Bien emballée. Avec un ton calme et des sous-titres inspirants. Parce qu’une vraie authenticité, la grosse, la brute, celle qui dit :
« Je suis fatiguée. Je suis imparfaite. Je trouve ça dur. Je ris fort. Je pleure vite. Je suis contradictoire. » … cette authenticité-là fait peur. Parce qu’elle nous oblige à enlever, nous aussi, notre costume de “personne qui gère parfaitement sa vie”.
Et honnêtement…
Peu de gens sont prêts à vivre ça un lundi matin avant leur deuxième café.
La Délicatement Fatiguée
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