J-12 avant la liberté… mais qui compte vraiment?

Publié le 1 juin 2026 à 05 h 46

Il reste exactement 12 jours d’école.

Douze.

Pas 12 jours normaux.
Non.
12 jours de survie psychologique dans une classe d’intermédiaire où les élèves ont entre 12 et 13 ans… soit l’âge exact où l’être humain devient un mélange étrange entre un enfant, un influenceur TikTok et un avocat spécialisé en négociation.

Et moi?

Je vais survivre grâce au café, au sarcasme et à la conviction profonde que les vacances d’été existent pour une raison médicale.

Le mois de juin : ce phénomène paranormal

En septembre, les élèves arrivent avec des crayons taillés, des souliers propres et parfois même… du respect.

En juin?

Ils arrivent avec :

  • une gourde perdue depuis février;
  • un hoodie qui sent le terrain de soccer;
  • l’énergie d’un écureuil sous caféine;
  • et la capacité extraordinaire d’oublier leur Chromebook MAIS PAS le mot de passe du Wi-Fi.

Le cerveau d’un ado de 12 ans en juin est fascinant.

Tu peux leur dire :
“Sortez votre cahier.”

Et 14 secondes plus tard, quelqu’un demande :
“Madame… on fait quoi?”

Les conversations de fin d’année

L’intermédiaire, c’est aussi l’âge où ils pensent être extrêmement subtils.

Spoiler : ils ne le sont pas.

Cette semaine, j’ai entendu :“Madame, hypotétiquement… si quelqu’un lançait accidentellement une gomme au plafond…”

Hypothétiquement, Bruno, je sais que c’est toi.

Ou encore :

“Madame, est-ce qu’on travaille aujourd’hui?”

Non Mathis.  Je me suis levée à 5h00 ce matin juste pour décorer la classe et admirer votre présence.

Les odeurs de l’intermédiaire

Personne ne prépare les enseignants à ça.

Les hormones.
Les cours d’éducation physique.
Les vestiaires.
Le garçon qui croit qu’AXE remplace une douche.

Un jour, j’ai ouvert la porte de ma classe après le dîner et j’ai sincèrement pensé qu’un yogourt était mort quelque part dans le plafond.

Mais non.

C’était juste “l’odeur de groupe”.

Les techniques de survie des enseignants

À ce stade-ci de l’année, nous avons tous développé des mécanismes d’adaptation très particuliers.

Par exemple :

  • Faire semblant de ne pas entendre le mot “Madameeeeeee” pour la 47e fois.
  • Dire “On verra” au lieu de “Jamais de la vie”.
  • Sourire doucement pendant qu’un élève raconte une histoire de 12 minutes qui n’a aucun début ni aucune fin.
  • Compter mentalement les jours restants pendant une réunion.

Et surtout…

Le regard entre enseignants.

Ce regard silencieux dans le corridor qui veut dire : “Je viens de gérer un conflit parce qu’un élève a regardé un autre élève ‘de manière agressive’.”

Les dernières journées

Les élèves pensent qu’on ne voit pas leur niveau d’énergie monter dangereusement.

Mais on le voit.

On le ressent.

On le vit.

Les pupitres vibrent.
Les crayons tombent 94 fois par période.
Quelqu’un court pour absolument aucune raison.
Un autre miaule.
Pourquoi?
Personne ne sait.

L’intermédiaire en juin, c’est un documentaire animalier sans narrateur.

Mais malgré tout…

Je vais être honnête.

Je vais me plaindre encore pendant 12 jours.

Je vais probablement répéter :
“Assis-toi.”

“Arrête de toucher ton ami.”

“Pourquoi il y a une cuillère dans le plafond?”

Mais dans quelques semaines, il va y avoir un silence étrange.

Plus personne qui crie “Madame regarde!”
Plus personne qui invente des excuses absurdes.
Plus personne qui rit beaucoup trop fort pour une blague pas drôle.

Et je vais probablement m’ennuyer un peu.

Juste un peu. …Bon OK, après deux semaines de sommeil et zéro surveillance de corridor.

Mais pour l’instant?

J-12.

Et si vous voyez un enseignant sourire seul dans le stationnement…

laissez-le tranquille. 

Il voit l’été approcher.

La Délicatement Fatiguée

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