Il y a des gens qui entrent dans une pièce comme s’ils venaient tout juste de descendre du mont Sinaï avec les tables de la loi sous le bras. Ils ne discutent pas… ils annoncent. Ils ne donnent pas leur opinion… ils la déposent sur la table comme un verdict de cour suprême.
Et moi, dans ma grande naïveté, j’ai déjà partagé ma vie avec un homme comme ça.
Un expert universel.
Le genre de personne qui pouvait t’expliquer :
- comment conduire,
- comment faire cuire des pâtes,
- comment respirer correctement,
- et probablement comment les dinosaures auraient dû mieux gérer leur extinction.
Chaque conversation devenait une conférence TED non sollicitée.
Moi : « Je trouve qu’il fait un peu froid aujourd’hui. »
Lui :« En fait, ce n’est pas du froid. C’est l’humidité relative mélangée à la pression atmosphérique. »
Ah bon Gérard. Merci. J’allais justement mourir ignorante sans cette précision scientifique.
Le problème avec les gens qui pensent détenir toutes les vérités, c’est qu’ils ne t’écoutent jamais pour comprendre. Ils t’écoutent pour attendre leur tour de parler. Ou pire… leur tour de te corriger.
Et au début, tu trouves ça impressionnant.
Tu te dis : « Wow… il connaît tellement de choses. »
Puis un jour, après la 48e explication non demandée sur la bonne façon de charger un lave-vaisselle, tu réalises que ce n’est pas de l’intelligence… c’est une compétition permanente contre le reste de l’humanité.
Ces gens-là vivent comme s’ils avaient été nommés représentants officiels de la vérité universelle.
Et toi, tu deviens tranquillement un meuble dans ta propre vie.
Je me souviens qu’à une époque, j’avais tellement accumulé de frustration que pendant qu’il m’expliquait encore pourquoi MA façon de plier les serviettes était inefficace, j’avais des pensées très peu zen.
Je regardais le plancher… puis lui… puis le plancher encore… et je me disais intérieurement :
« Seigneur, donne-moi la patience… parce que sinon, je vais le visser directement dans le prélart du salon. »
Pas le tuer là. Juste… le fixer solidement. Comme une tablette IKEA mal installée. Pour qu’il arrête de tourner autour de moi en distribuant des vérités comme des échantillons gratuits au Costco.
Avec le recul, c’est presque drôle.
Parce qu’au fond, les gens qui pensent toujours avoir raison ont souvent une peur immense d’avoir tort. Une peur de paraître faibles, de douter, de ne pas contrôler.
Mais la vraie intelligence, ce n’est pas d’avoir réponse à tout.
C’est de pouvoir dire :
« Peut-être que je me trompe. »
« Je n’y avais pas pensé comme ça. »
« Explique-moi ton point de vue. »
Les personnes les plus brillantes que j’ai rencontrées ne parlaient pas comme des dictionnaires ambulants. Elles posaient des questions. Elles riaient d’elles-mêmes. Elles laissaient de l’espace aux autres.
Parce qu’une conversation, ce n’est pas un combat à gagner. C’est un endroit où deux humains essaient de se comprendre sans que l’un d’eux transforme ça en championnat mondial de “Moi je sais”.
La Délicatement Fatiguée
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